15.08.202275 ans de Sierre-Montana, «une des plus belles courses automobile de montagne d'Europe»

Interrompue à la fin des années 1960, la course de côte (ou de montagne) Sierre-Montana a vécu sa première édition il y a 75 ans. La manifestation Eclectica sur le Haut-Plateau, le 8 août dernier, a commémoré cet anniversaire, en même temps qu’avait lieu la fondation de l’Automobile Club Crans-Montana.

 

«Sierre-Montana, c'était une des plus belles courses de montagne d'Europe. Elle était variée, exigeante, truffée d'accélérations et de freinages, populaire et disputée dans un décor incomparable. La moyenne des meilleurs dépassait les 100 km/heure. Cette épreuve a marqué son époque.» Le compliment émane de Jean-Claude Rudaz (80 ans aujourd'hui), considéré comme le meilleur pilote valaisan de l'histoire, entre autres cordes à son arc, et désormais membre d’honneur de l’Automobile-Club de Crans-Montana.

«Cette course a toujours attiré un plateau prestigieux, rappelle quant à lui Laurent Missbauer, référence du journalisme automobile romand. Il faut savoir que dans les années 1950-1960, les Grands Prix de Formule 1 étaient rares et que certains pilotes de renom se prêtaient volontiers à quelques exhibitions plus ou moins lucratives. Sierre-Montana en a vu défiler pas mal.»

 

Un must à l'échelle continentale

Peu d'archives concernent la première édition - plutôt expérimentale - disputée en… décembre 1947. Les avis divergent au sujet de la genèse de cette aventure. Il semblerait cependant que l'Automobile-Club de Suisse puisse en revendiquer la paternité, avec la collaboration de quelques hôteliers locaux alléchés par la perspective de dynamiser le taux d'occupation de leur établissement.

La deuxième édition (2 juillet 1950) est en revanche encore dans les mémoires (cliquez sur l’imagie ci-après pour visionner le film archivé à la Médiathèque Valais). La victoire de l'Allemand Hans Stuck, un des ambassadeurs les plus charismatiques de la marque Porsche, n'est pas étrangère à ce constat. Son fils Hans-Joachim s'illustrera plus tard en Formule 1 et surtout aux 24 Heures du Mans qu'il remportera à trois reprises (1986, 1987 et 1996).


Course de côte Sierre – Montana en 1950. On reconnaît l’arrivée vers le Farinet. Prenez le temps de visionner ce film!

De fil en aiguille, Sierre-Montana prend véritablement son envol dans les années 1960 et devient un must. Elle est même promue au rang de manche du Championnat d'Europe de la montagne, en alternance - les années pairs - avec Ollon-Villars, la classique vaudoise.

 

Quand Jean-Claude Rudaz éclipse Jack Brabham

On pourrait parler de l'Italien Ludovico Scarfiotti, pilote d'usine Ferrari, vainqueur sur nos routes en 1966 et quelques jours plus tard du Grand Prix d'Italie à Monza (sous les vivats des tifosis!), de Peter Sauber, le créateur de l'écurie éponyme de Formule 1, modeste 92e de l'édition 1968 au volant d'une VW Coccinelle, mais on préfère plutôt s'attarder sur le millésime 1964, fameux s'il en est.

Cette année-là, un certain Jack Brabham monopolise l'attention. Sa venue à Sierre-Montana résonne comme un coup de tonnerre. Elle attire médias et grande foule. L'Australien, tout de même triple champion du monde de Formule 1, est battu contre toute attente (3e). Notamment par Jean-Claude Rudaz, qui l'enrhume et lui «colle» une dizaine de secondes sur les 7 minutes environ du parcours. Une leçon de pilotage!

Cette sensation restera comme un des hauts faits de la fantastique carrière du Sédunois. Il en garde toutefois, et paradoxalement, un souvenir amusé… Et pour cause: «Une semaine plus tard, je me retrouve à Monza, où je me qualifie pour le Grand Prix d'Italie de Formule 1. Le problème, c'est que mon moteur casse en fin d'essais. Et que je n'en ai pas de deuxième. J'apprends que Jack Brabham et son écurie disposent de suffisamment de matériel compatible avec le mien pour me dépanner. Je lui propose 20'000 francs de garantie mais il refuse… L'Australien avait visiblement mal digéré sa défaite de Sierre-Montana!»

 

La fin d'un mythe

En 1969, un accident mortel lors d'une course de côte à Blatten, dans le Haut-Valais, condamne définitivement l'avenir de Sierre-Montana. Qui ne sera plus jamais organisée dans sa version originelle. Les 19, 20 et 21 septembre 1997, le cinquantenaire de l'épreuve a tout de même été commémoré, via une exposition et un défilé de bolides prestigieux sur la Plaine Bellevue sierroise. La manifestation Eclectica (lire ci-après) s'est, elle aussi, voulue un hommage au 75e anniversaire de la course.

Par Blaise Craviolini

Bienvenue à l’Automobile Club de Crans-Montana!

Nelson Philippe peut se targuer d'une carrière exceptionnelle en karting d'abord, puis dans le sport automobile. Entre autres lettres de noblesse, le Français (36 ans aujourd'hui) a notamment été le plus jeune pilote de l'histoire à avoir couru en IndyCar, la catégorie reine outre-Atlantique. Il s'est retiré des circuits en 2010 suite à un grave accident en Californie et s'est installé, avec sa famille, à Crans-Montana.

L'homme se veut humble, discret mais disponible et reconnaissant envers sa région d'adoption Il veut surtout «rendre à l'automobile ce que l'automobile m'a apporté». Le champion s'est donc approché de Jean-François Emery avec qui il partage la même passion, pour créer l'Automobile Club de Crans-Montana. Cette entité indépendante a officiellement été lancée début août en marge d'Eclectica, manifestation agrémentée par un somptueux concours d'élégance de voitures prestigieuses. Nelson Philippe en est le président, Jean-François Emery le vice-président.

Ce club est ouvert à tout un chacun, indépendamment de son véhicule. «Notre objectif est de proposer de belles rencontres autour de l'automobile et, à terme, de nous immiscer dans diverses actions caritatives», précisent ses initiateurs.


Nelson Philippe et Jean-François Emery. Photo Blaise Craviolini.

 


La batmobile. Photo Blaise Craviolini.

 


Forte affluence à la rue du Prado pour la première édition d’Eclectica.