11.05.2021Jacky Duc: après 45 ans au service du Haut-Plateau, le patron de CME va prendre sa retraite

Jacky Duc @CMTC_Luciano Miglionico

À 65 ans, Jacky Duc, actuel directeur opérationnel du CME (Crans-Montana Exploitation) s’apprête à prendre sa retraite. Celle-ci sera bien méritée, au terme de 45 années d’activité centrées sur le souci permanent de mettre en valeur le Haut-Plateau et d’apporter à la clientèle des prestations à la hauteur. Une mission visiblement aussi réussie qu’appréciée. Il suffit d’ailleurs d’une rencontre avec cet homme passionné pour prendre toute la mesure du travail entrepris au bénéfice de la région.

 

Jacky, vous allez prendre votre retraite dans un climat particulier qui est lié à la pandémie…

JACKY DUC: C’est en effet assez étrange… Alors que nous sommes en activité permanente depuis des décennies, nous subissons là un véritable coup d’arrêt. Nous sommes tous au ralenti. Je souhaite vraiment que l’on puisse sortir de cette mauvaise passe le plus rapidement possible, tant sur le plan personnel que sur le plan collectif. Car nous commençons tous à en souffrir sérieusement.

Vous êtes né en 1956 à Chermignon. Un enfant du pays qui n’a jamais fait le choix de partir ailleurs.

J’ai toujours été très attaché à mes origines et à ma région. Au début des années huitante, je suis bien parti aux États-Unis durant un an, mais je savais que j’allais revenir assez vite. J’ai toujours eu le sentiment que nous avions la chance de vivre dans un cadre exceptionnel et que nos conditions de vie seront toujours très favorables.

Votre carrière débute donc réellement en 1976 à Crans-Montana?

C’est exact. Je suis alors employé d’exploitation à l’Office du tourisme. La patinoire d’Ycoor, l’entretien du réseau des chemins pédestre et des pistes de ski de fond : j’ai été tout de suite plongé dans le bain !

Le développement du réseau de chemins pédestres est un atout majeur de la région. On sait que l’on vous doit beaucoup en ce domaine.

La région dans son ensemble a un énorme potentiel. Que ce soit en basse ou en haute altitude, entre Lienne et Raspille, le profil géographique du secteur offre d’énormes possibilités d’aménagement et d’ouverture d’itinéraires. Depuis le début des années huitante, ce sont 300 km de sentiers qui ont été aménagés et qui sont maintenant régulièrement entretenus, à la satisfaction de tous. Parmi les récents développements, je pense particulièrement au Chemin des Contrées, au bisse du Tsittoret ou encore au Chemin du 100e…

Dans ce cadre, le bisse du Rho occupe une place particulière…

Incontestablement. C’est une de mes plus grandes fiertés. Il faut dire que ce fut un vrai combat. Tout le monde était conscient qu’il fallait absolument remettre en valeur ce bisse. Au départ, en 1993, il y avait un large consensus sur ce point, y compris avec les écologistes. Puis les choses sont devenues compliquées au plan «philosophique», en particulier sur le fait de savoir jusqu’où nous pouvions aller en matière d’équipement. La question du pont suspendu faisait débat. Bref… La bagarre a duré sept ans. Mais finalement nous avons pu mener ce projet à terme. J’en suis très heureux.

Outre le bisse du Rho, quelles sont pour vous les principales réussites auxquelles vous avez contribué?

Il y a bien sûr les Championnats du monde de ski en 1987. Un énorme travail a été accompli à cette occasion. Et ce fut, on le sait, une réussite totale. Dans ce cadre, 10 à 20 personnes du service étaient engagées, selon les périodes. On a beaucoup collaboré dans le domaine de l’aménagement des pistes. Que des bons souvenirs! Mais je pense à d’autres choses… La création et le développement de l’Espace Golf hivernal, tout comme ce qui s’est passé avec le «Golf Performance Center», sans oublier les travaux entrepris autour de la patinoire, entre 2012 et 2015. La création de l’Espace «Beach» fut aussi un beau défi.

La pratique du vélo - route et VTT - est semble-t-il une sérieuse carte à jouer pour l’avenir. Qu’en pensez-vous?

On a toujours été actif sur ce front. Tour de Suisse, Tour de Romandie… La station a souvent été impliquée dans de tels évènements. Et aujourd’hui, de plus en plus d’amateurs de vélo de route apprécient de passer dans notre région. Mais le VTT est peut-être encore plus important pour nous. Nous avons dessiné et équipé de nombreux itinéraires «cross-country» sans oublier les pistes de descente, plus spécifiques (ndlr: Jacky Duc a été directeur des épreuves des Championnats du monde de VTT à Aminona en 1988). Ces équipements s’inscrivent dans le vaste projet visant à faire de la station une destination quatre saisons. C’est dans l’air du temps et nous ne devons pas rater ce virage. La cohabitation randonneurs - vététistes reste toutefois un problème. Il sera difficile de trouver de bonnes solutions, mais il faut y travailler et poursuivre la réflexion.

Après 45 ans d’activité et alors que vous êtes visiblement en pleine forme, comment voyez-vous l’avenir, à la fois pour la station et pour vous-même ?

Je vois l’avenir du Haut-Plateau de manière très positive. Été, hiver: nous avons un énorme potentiel et notre situation géographique restera toujours unique. Climat, panorama, accessibilité: nous sommes privilégiés. En matière de développement, il y a bien sûr encore des choses à faire. Je pense par exemple à la question des bains. Il faudra certainement avancer sur ce point précis. Mais globalement, je suis très optimiste.

Quant à moi. Pas de souci particulier… Je vais sans doute connaître une inévitable période transition. Mais je m’y prépare. D’ores et déjà, je pense que je risque de bouger un peu plus. En particulier du côté du Tessin, où je possède une maison, au-dessus de Locarno. Mais là-bas, comme ici, c’est toujours la montagne… On ne se refait pas! 

Article paru dans Vue d’Ensemble – Propos recueillis par Hubert Gay-Couttet