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07.11.2022«Crans-Montana, un lieu idéal pour repenser la santé mentale», estime Joanna Bessert-Nettelbeck

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Fondatrice et âme de la start-up The Helpnet, Joanna Bessert-Nettelbeck a eu un véritable coup de foudre pour le Haut Plateau. Rencontre avec une visionnaire déterminée à révolutionner son domaine.

 

Elle renvoie encore un peu du bruit et des rumeurs de Berlin, où elle s’est lancée dans l’événementiel après avoir commencé des études en droit international et fini en communication et marketing. Pourtant, à 38 ans, Joanna Bessert-Nettelbeck est une habituée du calme montagnard: «Je suis franco-allemande, et mes parents ont un chalet à Chamonix. Je connais donc les beautés de la montagne, mais aussi le côté oppressant qu’elle peut avoir parfois dans ses vallées encaissées.» D’où son enthousiasme lorsqu’elle découvre le Haut Plateau grâce à son conjoint médecin à Crans-Montana: «Crans-Montana, c’est un ensoleillement incroyable, assez unique au monde. C’est aussi une sensation d’ouverture, d’une liberté et une impression de respiration qui nous est donnée par le paysage.»

Et de compléter, histoire d’introduire son propos professionnel: «Cette proximité avec la nature, cette qualité de vivre, cette chaleur ambiante, je les ai tout de suite senties comme des alliées pour vérifier mon intuition de base: il existe désormais un besoin de coaching ou d’apport thérapeutique numériques. Offrir à qui se trouve à la recherche d’un soutien mental un conseiller, comme ils sont appelés sur The Helpnet, dans sa langue et quelle que soit l’heure ou son lieu de résidence. Oui, Crans-Montana, c’était pour moi une évidence, est un lieu idéal pour repenser et révolutionner la santé mentale. Et il est grand temps de le faire!»

 

Havre de repos

«Ici, poursuit Joanna, par opposition à Berlin ou à Stuttgart, où j’ai travaillé dans les ressources humaines et l’évènementiel entre autres pour la DTM (NDLR : Championnat allemand de voitures de tourisme) durant toute une saison, dès qu’on pose son crayon ou qu’on abandonne sa souris, on peut immédiatement se changer les idées, se ressourcer. Cela me paraît un vrai atout pour le développement d’une société axée sur la santé mentale. Crans-Montana, c’est plus qu’un spot varié de ville à la montagne où la qualité de la vie est très soignée: c’est un havre de paix, chose rare aujourd’hui dans un monde qui voit le stress détruire de plus en plus de quotidiens et d’itinéraires de vie.»

Tout a commencé sous le signe de l’amitié: Joanna Bessert-Nettelbeck a en effet pour habitude d’observer son entourage, ses amis, ses collègues de travail, d’identifier leurs problèmes respectifs et de ne pas pouvoir s’empêcher d’aider. «Je suis devenue, presque malgré moi et assez rapidement, un coach aidant les gens, redirigeant les personnes sur des chemins plus sains et plus heureux. Cela a continué longtemps, bénévolement. Et là, j’ai eu comme une révélation, j’ai effectué des recherches approfondies: l’aide rapide, immédiate, de tout temps, dans sa langue maternelle, cette aide somme toute idéale, elle n’existait pas, comme je me l’imaginais. Ni dans la réalité où il faut patienter de trois à neuf mois avant d’obtenir un rendez-vous chez un (bon) thérapeute. Ni dans le numérique où personne, apparemment, n’a eu l’idée de monter un vrai réseau Internet international et interculturel consacré à la santé mentale.»

 

Philosophie altruiste

La jeune cheffe d’entreprise - qui n’a pas manqué de taper dans l’œil de la Promotion économique de Crans-Montana - a certes vu dans son concept une possibilité de gagner sa vie, mais cet aspect de son projet a émergé très tardivement: «Dès les premières esquisses, j’ai senti que l’argent n’était en aucun cas mon moteur personnel. Mon idée a toujours été, d’abord, de contribuer à minimiser les conflits et leurs cohortes d’effets dévastateurs, et à ce que les personnes soient heureuses dans leur vie. Car qui dit: «bonheur» dit «plus de respect intrapersonnel par conséquent interpersonnel» mais dit aussi «moins de conflits». 

Son mantra résonne comme un avertissement des plus efficaces: «Le conflit malsain est inutile, parfaitement inutile. The Helpnet se propose, via un réseau de grands spécialistes autour du globe, de le faire disparaître.» Une approche qui ne se contente pas d’un traitement des symptômes, mais qui s’en prend aux racines du mal.

On pourrait pressentir un enthousiasme pressant des institutions de prévention ou des fondations qui œuvrent dans la santé mentale. Que nenni! «La plupart des fondations évitent une collaboration. J’ai l’impression qu’elles sont, en général, trop peureuses. Et même si je suis absolument certaine du succès de ma démarche, pour beaucoup de mes interlocuteurs, il est encore un peu trop tôt pour accepter de payer un conseiller au terme d’une séance virtuelle par visioconférence. Mais ça changera. Avant trois à quatre ans, vous verrez.»

 

L’exemple ukrainien

L’actualité s’est hélas chargée de prouver le bien-fondé du projet The Helpnet, avec le déroulement chaotique de la guerre en Ukraine. «Très vite, devant les témoignages aussi violents qu’incontestables, j’ai décidé d’agir et d’utiliser ma plateforme au service des victimes de ce conflit. J’ai réussi à dégoter des conseillers à formations diverses qui parlent ukrainien ou russe, et il m’était important qu’elle soit gratuite pour les victimes. Cela a été une vraie réussite.»

Joanna Bessert-Nettelbeck n’en reste pas là et franchit également un pas important au chapitre de l’engagement personnel. «Nous avons choisi d’accueillir une famille ukrainienne à Berne dans l’appartement de mon conjoint et j’ai fait en sorte que ces réfugiés de guerre - puisque tel est leur statut - puissent bénéficier d’un suivi psychologique à travers les spécialistes de mon réseau.» Un réseau qui comprend aujourd’hui plus de quatre-vingts thérapeutes dans dix-sept langues, possédant des expériences importantes et très variés. Cela va de psychologues ayant exercé dans des prisons à des professeurs d’universités internationales.

 

Quels publics cibles?

Force est de constater que ce ne sont pas les clients qui manquent, en témoignent les plus de 25'000 personnes qui ont répondu au test qui permet de faire un bilan émotionnel en ligne. «Toute personne accablée par un problème peut évidemment accéder à nos services, insiste Joanna. Mais je peux citer quelques publics cibles: les victimes de burn-out, de dépression, de harcèlement professionnel; les étudiants stressés par leurs examens ; les personnes géographiquement coupées du marché des coaches et des thérapies; ou encore des personnes forcées pour des raisons médicales à rester au lit durant une période longue.»

The Helpnet est sûr de son coup. «Il vaut mieux pouvoir résoudre un petit problème le soir chez soi devant son ordinateur, résume la patronne, plutôt que de devoir agir quand le problème s’est emparé de votre vie.» Un discours réaliste qui a déjà séduit des investisseurs, privés ou publics (NDLR : The Ark ou aussi le Centre de Cautionnement et de Financement), même si Mme Bessert-Nettelbeck en cherche de nouveaux: «Sans publicité, sans marketing, sans communication, dit-elle, le meilleur des projets numériques est stérile. Or ces domaines, si on souhaite les exercer de façon très professionnelle, nécessitent des fonds très importants et des personnes qui comprennent le sujet et s'y dévouent.»