24.08.2022Steve Rey: «Crans-Montana, c’est la station des sports! Pourquoi vivre ailleurs?»

Steve Rey golfeur photo Deprez i love cransmontana

À 53 ans, ce pro enseignant au Golf-Club a connu toutes les émotions de sa discipline. Aujourd’hui, chez lui sur le Haut-Plateau, il a choisi de revenir aux racines de la formation et de partager son talent avec Madame et Monsieur Tout-le-Monde. Rencontre, alors qu’a lieu à Crans-Montana l’édition 2022 de l’Omega European Masters.

 

À Crans-Montana, son père Jimmy Rey était une personnalité connue de tous: international et entraîneur de hockey (Sierre, Sion), il fut aussi directeur de l’École suisse de ski. Steve, lui, a tâté du palet, des piquets puis des clubs, qui plus est des trois en même temps. «J’avais neuf ans. Mes parents avaient l’habitude de partir en vacances avec d’autres familles amies. Cette année-là, mon père a embarqué quelques clubs en plus et a dit: "On va voir ce que le petit en fait". Il m’a pris avec lui sur le parcours le premier jour et ils ne m’ont plus vu des vacances. J’ai su tout de suite que ce sport était fait pour moi et j’ai arrêté les autres pour me concentrer sur celui-là.»

 

Au sommet à 17 ans

Le parcours de Steve Rey s’accélère. «Je me suis inscrit au mouvement junior et comme j’avais une facilité naturelle, à treize-quatorze ans, je me suis retrouvé en équipe suisse juniors.» Et comme aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années, notre ami connaît une première consécration: «Je n’avais pas encore dix-sept ans quand je me suis qualifié pour le Swiss Open, ici, chez moi. En plus, cela s’est bien passé et Ebel qui sponsorisait l’évènement s’est approché de moi: un jeune Suisse qui montait dans la hiérarchie du golf, ça correspondait à leurs projets et à leur philosophie. Le plus fou, c’est qu’ils n’ont pas été les seuls: je me suis trouvé avec assez de parrains pour me lancer dans une carrière pro. Mon rêve était devenu réalité, et ma passion, mon métier.»

 

The Mountain Boy

Steve a la chance d’avoir pu compter sur des coaches hors pair: «Mon premier mentor, mon papa dans le golf, ce fut un pro espagnol très connu dans le milieu, Pepito Valera. J’ai pu bénéficier aussi de l’enseignement de notre coach national, Graham Kaye. Ou encore de l’Australien Alan Johnston.» En sélection, il ne sera ni le Romand, ni le Valaisan, mais "the Mountain Boy" - le surnom est joli, qui lui est donné par un coach suédois; d’ailleurs il ne le renierait pour rien au monde. «Oui, je suis le garçon des montagnes. Le gars du pays», précise-t-il avec fierté.

À noter encore qu’il enchaînera de nombreux stages de perfectionnement aux quatre coins de la planète. En Asie, en Afrique du Sud, aux États-Unis. «De toute façon, sourit notre professionnel, la saison hivernale nous envoyait obligatoirement sous des cieux plus cléments. Il nous fallait donc voyager pour nous améliorer.»

 

Le rêve de l’European PGA

«Le défi du golf, c’est d’accepter d’être imparfait», dixit Jack Nicklaus, précurseur du golf moderne qui a tout gagné des amateurs aux seniors, et dont le nom est accolé au neuf-trous du Golf Club Crans-sur-Sierre. Le jeune Steve, lui, s’efforce pourtant de titiller la perfection. Il en résulte quatre titres de champion suisse pro et deux titres de champion de l’omnium (pro et amateurs ensemble).

«Mais ce qui reste pour moi le temps fort de ma carrière, c’est d’avoir réussi les terribles qualifications qui permettent d’évoluer sur le circuit professionnel européen. Il y a à ce stade beaucoup d’appelés et à peine une trentaine d’élus par année. Se mesurer aux meilleurs sur les plus beaux parcours du continent, et pour certains du monde, ça a donc valeur de grande victoire.»

 

L’épine du LIV Tour

Même s’il a abandonné toutes fonctions chez Swiss Golf, notre interlocuteur n’en conserve pas moins un œil acéré sur sa discipline de cœur: «Au niveau suisse, on a des filles au top comme Albane Valenzuela, Kim et Morgane Metraux. Et chez les hommes, c’est plus problématique, même si le Grison Jeremy Freiburghaus n’est plus très loin de pouvoir disputer le circuit européen.»

À l’international, il n’élude pas la question du nouveau circuit saoudien qui attire les stars à coups de millions: «Beaucoup sont tentés, car les moyens de ce LIV Tour sont quasi illimités. Il y a à l’évidence un risque d’affaiblissement du tour européen, voire de l’américain qui détient, comme d’habitude, la clé de cette donne inattendue. Si les Américains font quelques efforts pour soutenir les Européens, des tournois comme le nôtre pourront s’en sortir sans trop de casse.»

 

Consultant sur la RTS

Meilleur golfeur suisse, coach national durant cinq ans, Steve Rey officie à présent comme pro enseignant dans son club et comme consultant golf de la RTS. «C’était un choix mûrement réfléchi que de revenir aux bases, à la transmission, au plaisir de partager des parcours avec des gens qui cherchent à progresser pour prendre davantage de plaisir.»

Sur ce plateau de golf digne des meilleurs, aussi beau en été qu’en hiver, l’enfant du pays vit désormais à son rythme. Sans prise de tête. «Je viens de manquer pour un misérable petit coup la qualification au fameux British Open Senior, rigole-t-il. Ce n’est pas grave. Comme chaque fois depuis plus de trente ans, je regarde le Weisshorn quand je rentre et je me dis que mon chez-moi est d’une splendeur sans égal. Crans-Montana, c’est la station de la nature, des paysages uniques, mais aussi de toutes les promenades et de tous les sports. Pourquoi vivre ailleurs?»

Par Jean-François Fournier

Photo: Deprez Photo